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Pourquoi le 6D Mark II n’a pas de 4K (et pourquoi il devrait).

Le tout nouveau Canon EOS 6D Mark II ne fait pas de 4K. Dire que cela est une surprise serait mentir. Mais c’est sans conteste une grande déception qui confirme la direction prise par Canon… qui n’est pas sans fondement, ni sans espoir pour les vidéastes.

Canon une histoire de gamme et de cible

Il y a quasiment un an, j’écrivais un article sur le tout nouveau 5D Mark IV et expliquais pourquoi – à mon sens – ce boîtier n’était pas fait pour les vidéastes. Même si la bête en question offrait (enfin) un 4K DCI plutôt musclé, elle assumait surtout l’existence de deux gammes distinctes : photographie et vidéo.

Avec le Canon EOS 6D Mark II, l’histoire se répète alors que tout le monde espère que la société nipponne rentre dans le rang. Pour comprendre le noeud du problème, il faut savoir sortir des logiques de gamme auxquelles d’autres constructeurs comme Sony, Panasonic, ou même Blackmagic nous ont habitué. Canon fut la pionnère d’une ère qui l’a totalement dépassée mais à laquelle elle a su – quoiqu’on en dise – s’adapter. Et ce en dépit d’un ADN radicalement différent… et encombrant.

Canon est le leader historique du marché photo-journalistique. Les Canon EOS 1DX et les 5D – les “flagships”- sont construits pour ces reporters et professions de terrain dont l’information est le métier. On a de cesse de le rappeler ; l’iconique 5D Mark II avait la vocation de créer de la vidéo de reportage. Contre toute attente ou étude marketing, ce sont les créatifs qui se sont emparé sauvagement du 5D en lui assurant le succès que l’on connaît aujourd’hui. Mais la base d’utilisateurs des appareils professionnels de Canon restent des photographes dont les besoins en vidéo sont apparus en même temps que les restrictions budgétaires liées à leur profession.

Canon 6D : Street Photoshoot

Un 6D Mark II dépourvu de 4K à raison.

Ceci étant dit, en assumant que le 6D répond à ce même besoin de créer du contenu journalistique ; pourquoi le 6D n’hériterait pas du même 4K (foireux) que le 5D Mark IV ? Réponse : Car il n’appartient pas à la gamme professionnelle des appareils photos Canon. De l’aveu même de la marque, le 6D est le boîtier plein-format d’entrée de gamme. Il se destine donc plus à des photographes semi-professionnels ou amateurs avertis. Des apprentis photographes qui sillonnent les rues à l’affut d’un portrait de fashion-Streetstyle, ou des globe-trotter à l’image chatouillante. Bien moins un outil technique que le 5D Mark IV, le 6D se destine avant tout aux enthousiastes de l’image.

On comprend donc aisément la position de Canon de ne pas doter son nouveau boîtier de 4K. La demande de contenu 4K ou UHD est essentiellement aujourd’hui d’ordre professionnelle. La proportion de foyers équipés de téléviseurs ou de moniteurs informatiques UHD est ridiculement faible et l’image se consomme sur des écrans de plus en plus petits. Par conséquent il y a fort à parier que la cible visée par Canon n’a ni les besoins, ni les moyens de traiter de l’image vidéo 4K. On l’imagine plus travailler sur ordinateur portable, que sur une tour avec un stockage RAID.

Canon 6D : banner

Le 6D Mark II comme tremplin bancal.

Le 6D fait donc office de passerelle entre les amateurs et les professionnels du milieu. À ce sujet la position de Canon n’est pas complètement idiote. Faire ses armes sur une image 1080p60 est un bon moyen avant de se lancer dans l’aventure 4K qui nécessite davantage de rigueur (particulièrement en plein format).

Mais ce raisonnement reste très mal accueilli en 2017. En quelques mois, la production de contenus 4K a explosé… y compris en dehors du spectre professionnel. Quand bien même Canon destinerait son 6D à des créateurs de contenu en ligne, ou à des indépendants bien peu rodé aux techniques vidéos ; la diffusion 4K est généralisée sur les plateformes de diffusion. Vimeo, Youtube, tous y sont passés et l’arrivée imminente des standards H265 achèvera son adoption. De même le traitement de médias 4K et UHD est désormais supporté par l’ensemble des solutions informatiques récentes. La consommation d’images mobiles a donné naissance aux premiers écrans de smartphones OLED et 4K. Les forfaits proposent déjà des forfaits data adaptés à la consommation de ces images.

La 4K/UHD est imminente et quasi-quotidienne. Impossible de le nier. Cela ne rend pas la Full-HD obsolète, loin de là. Mais la 4K offre plus de possibilités et donc de perspective à un créatif, quand bien même serait-il débutant. Aussi le 1080p60 choisi par Canon est un véritable retour en arrière. En abandonnant le codec All-Intra, l’ensemble est même qualitativement très faible. Ce en dépit d’un nouveau processeur DIGIC 7 et du Dual Auto Focus qui équipent le 6D Mark II. Un codec qui peinera vite à satisfaire un débutant de la vidéo un peu exigeant.

Pour Canon il n’y a donc pas d’entre deux. Travailler, même légèrement, la vidéo nécessite un matériel professionnel. Au choix, les (faibles) outils du 5D Mark IV, ou les outils dédiés de la gamme Cinéma. Une telle segmentation de gamme est violente et c’est peut-être ce qui agace le plus les vidéastes. Ce pistolet sur la tempe est aux antipodes des orientations choisies par Panasonic et Sony dont les gammes sont plus souples, plus adaptés à l’évolution. Au risque parfois de se perdre dans l’offre.

Canon 6D : World Of Eos

L’équation impossible du boîtier photo et vidéo.

Canon tient à choyer une base historique d’utilisateurs photographes professionnels angoissés à l’idée que l’innovation de leurs outils puissent être concentrée sur une technologie vidéo frénétique. C’est une contrainte que ni Panasonic, ni Sony n’avaient ; c’est ce qui a poussé Nikon à abandonner ses efforts.

Quand bien même les métiers de photographes et de vidéastes tendent à converger, le mariage est loin d’être consommé. Car quoique l’on en dise la technique s’envisage différemment dans les deux mondes. À titre d’exemple, la définition du capteur importe ainsi beaucoup plus aux photographes quand les vidéastes sont à la recherche d’une sensibilité silencieuse. Or il est très rare que l’innovation contente les deux pratiques. L’un se faisant souvent au détriment de l’autre.

Ainsi il serait déraisonnable de dire qu’il existe un parfait boîtier réunissant le meilleur des deux mondes. Seul le Sony Alpha 7RII peut prétendre au titre, mais sa dynamique et sa sensibilité vidéo ne sont pas du niveau de son petit frère le Sony Alpha 7SII.

Canon 6D : Hero

Canon a encore une carte à jouer

Pourtant à ce jeu là, s’il existe une société capable de réaliser cet exploit, c’est bien Canon. Malgré le développement parfois erratique de la gamme Cinéma EOS, Canon a montré qu’elle possédait les outils pour produire des caméras innovantes et performantes. La C300 Mark II et la C700 sont deux caméras qui méritent une attention toute particulière. Et pour cause, la science colorimétrique de Canon a toujours eu un effet flatteur sur les peaux dont l’image cinématographique s’accommode très bien. En terme d’appareils photographiques, le constructeur nippon est maitre de sa technologie de A à Z. Electronicien, Opticien, Designer, Canon sait produire des appareils qui répondent aux exigences de grands photographes ou de directeurs photo tatillons. Si les deux mondes sont séparés, Canon seule a toute les cartes en main pour produire un parfait combo.

On lit beaucoup que Canon est morte sur le marché. Mais elle est sans doute celle qui ose l’innovation. En dépit de l’inertie qu’elle subit, c’est bien Canon qui a bousculé le marché à répétition. Le 5D a ouvert l’ère de la vidéo sur boîtier photographique. Les C100 et C300 ont mis en lumière le besoin de caméras compactes et ergonomiques (coucou les grues, les flycams et les Ronin). Autofocus, Mise au point, Rafale, Canon peut se vanter d’avoir ouvert de jolies portes. Sony, Panasonic et consort ont peaufiné ces révolutions amorcées et poussé à bout ce que Canon avait amorcé.

Car le traitement vidéo est loin d’être le point fort de Canon. Mais la recherche et la volonté d’avancer est visible. MJPEG, Super MPEG-2, XF-AVC, CineRaw, CanonLog, on ne peut pas dire que le constructeur ménage ses efforts en la matière. S’ils ne sont pas probants, ils devraient vite le devenir. Ce n’est qu’ainsi que le constructeur peut espérer tenir en respect ses concurrents. Et à ce moment là Canon pourrait amorcer une nouvelle révolution en proposant enfin un boîtier complet Photo et vidéo.

Canon 6D : Connectivity Near The River Duh

Il reste un appareil à inventer

A mon sens il faut cesser d’attendre ce super combo dans ce que nous connaissons déjà. Ni le 5D, ni les Alpha 7, ni les GH ne sont adaptés à cette lourde tâche. La photo et la vidéo sont en train de converger, mais il reste un appareil à inventer.  Canon avait tenté le coup avec le 1D-C super boîtier photo et vidéo. Hélas le marché était encore en plein tâtonnement frénétique et la bête était mal conçue et inadaptée.

Que serait alors ce graal ultime qui mériterait enfin le titre de Photocaméra ? Sans doute un nouvel objet, au design adapté à deux mondes. Compact, puissant, modulaire. Quelque chose que nous ne connaissons pas encore. Toutes les innovations sont faites. Définition (Canon 5DR, Sony Alpha 7R), Sensibilité (Alpha 7S), Qualité du signal vidéo (GH5), Compression (RED), taille de capteur (Fujifilm, Sony). Il ne manque plus qu’à les adjoindre.

On ne peut attendre une révolution tous les 6 mois. Canon le sait. Le 6D Mark II semble être un retour en arrière, mais cela fait-il de Canon une “marque morte” ? J’en doute fortement. Au contraire elle montre un questionnement qui pourrait être à l’origine de la prochaine “vraie” révolution. Il ne faudra pas s’attendre à un boîtier abordable. Un tel objet, combinaison ultime du meilleur de deux professions, aura son prix. C’est celui là qu’il faudra payer pour voir aboutir un rêve. Y tolérer des compromis ne nous ramènera qu’à l’offre existante… et aux désillusions qui vont avec…

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Comments

  • reply
    Patrick
    3 juillet 2017

    Bonjour,

    merci pour votre analyse.
    Je n’ai pas eu l’occasion de l’utiliser mais est-ce que le 1Dx mk 2 ne se rapprocherait pas de l’outil attendu ?
    Même si on est évidement dans une gamme de prix bien supérieur… avec un support CFast qui reste cher et le tout cantonné au 8bit.

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