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USB-C et Thunderbolt 3 : Un stockage de mieux en mieux pensé.

Tout ceux qui me suivaient sur mon ancien blog Le Laboscope savent que c’est un de mes cheval de bataille. Face à la course à la résolution, à l’avènement du RAW, mais aussi à la baisse des prix du secteur, le stockage est devenu une problématique sous-jacente qui a parfois du mal à être perçue. Au NAB, ce sont bien des solutions pour les petites et moyennes structures qui ont la part belle.

Vous le voyez arriver, lui, tout fier de son achat, resplendissant. Il a économisé pendant toutes ces années pour se l’offrir. Caprice certes, mais investissement quand même. Après tout, n’a-t-il pas pesé le pour et le contre, écumé le web à la recherche de tests, récolté des avis de ses connaissances afin d’être sûr de chez sûr ? N’a-t-il pas ressenti ce petit frisson « est-ce que je ne suis pas en train de faire une bêtise? » en appuyant sur le bouton « Commander » ? Et enfin elle est là, sa chouette caméra qui filme en RAW, d’une dynamique qui envoie chier le misérable Canon 600D, fidèle compagnon de route rangé sur une étagère à cause d’une discussion désormais limitée. Les yeux pétillants d’un nouvel amour, dont les caresses précieuses et affectueuses frôlent l’idolâtrerie. Oui il se tient devant vous, d’une fierté teintée d’un mélange savant d’humilité et d’orgueil, que vous jalousez au fond de vous.

Quand il vous montre son disque de 2 To acheté au supermarché du coin, relié méticuleusement à son ordi portable, naturellement vient les questions suivantes :

” Il y a une autre copie des rushes ? Tu sais que traiter du RAW là dessus ça va être long ? ” 

Et ça, c’est un peu comme dire à gamin le jour de Noël, que son jouet est génial, mais qu’il lui manque des piles. Et des piles, dans toute la maison, il n’y en a plus. À ce stade, considérez que le gamin, comme tous les gamins, va aller squatter les piles LR6 de toutes les télécommandes du coin pour à tout prix se niquer les yeux le plus vite possible sur un GameBoy dont la courbe gamma forme un S tellement grand qu’on dirait un 5.

Le vidéaste c’est pareil. Il va appeler tous les copains pour squatter des disques durs (au mieux), ou répartir ses médias sur quelques 12 vieux disques oubliés dans un tiroir (au pire). Or, tout comme le guide de la survie en famille implique de ne JAMAIS piquer les piles de la télécommande ; un conseil entre nous, ne squattez JAMAIS les disques des copains. Ils en ont toujours besoin au plus mauvais moment (les cons) !

LaCie 12 BIG stockage

Plus gros medias, plus gros stockage.

Au delà de la caricature, l’arrivée sur le marché de caméras RAW abordables a bousculé un peu les codes du stockage. Car si RED, pionnier dans le domaine bénéficie de son excellent REDCODE qui garantit la compression du RAW afin de le contenir sur les supports de stockage, c’est loin d’être le cas pour d’autres acteurs. L’avènement du CINEMA DNG, développé par Adobe, ne jouit pas de ce même gain de place. Du fait de son format ouvert, et donc de l’absence de licence d’exploitation à payer – à l’inverse du ProRes ou du DNxHD – beaucoup d’acteurs comme Blackmagic, Bolex, Atomos, Vision Research l’ont adopté. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas le format le plus malléable du monde. Du fait de sa structure (un fichier par image), et de son poids, il en fait un format particulièrement sensible aux problématiques de copies et d’accès au médias. Et la difficulté va croissante avec la montée des résolutions.

Si les progrès au niveau des équipementiers informatiques ne se tarit pas, ces derniers ont donc du passer à la vitesse supérieure. Double besoin : Plus de capacité, de meilleures performances d’écriture/lecture. Du côté des SSD, Samsung un peu en amont du NAB a annoncé la commercialisation d’un SSD de 4To, le 850 EVO. Certes la note est salée (1350€), mais la baisse générale des tarifs dans ce domaine se fait rarement attendre. Un tel SSD il y a un an coûtait…6 fois plus cher. Micron, qui produit les excellents SSD Crucial, a d’ores et déjà annoncé être prête pour la commercialisation de capacité similaires.

De nouveaux acteurs rentrent donc logiquement dans la danse. Le constructeur autrichien Angelbird annonce ainsi la commercialisation des minuscules SSD2GO et Cartes Cfast 2.0 conçus pour la vidéo et abordables (on parle de 260$ les 160GB sur CFast 2.0!). Leur intérêt ? Outre leur taux de transfert constant et leur prix, c’est surtout leur design bien pensé et l’intégration des dernières connectiques du secteur qui en fait un produit à suivre avec attention.

Concernant ce dernier point, les connectiques ont toujours été un peu le nerf de la guerre. FireWire 800? Sata? USB3? Thunderbolt? le choix de la connectique a toujours été à mon sens un goulot d’étranglement dans le choix du matériel. C’est pour ça que je suis particulièrement ravi de voir de nouvelles normes faire consensus. Pourtant pas encore très répandue, le port de type C semble être omniprésent sur le NAB 2016. Et pour cause : c’est un connecteur partagé par l’USB et Thunderbolt 3 ! Soir la plus grosse demande en terme de stockage. Logique donc de voir Promise, pionnier du Thunderbolt adapter la gamme Pegasus, pour atteindre les 40Gbps de bande passante promis par la troisième version de cette technologie. Du côté de LaCie, c’est l’arrivée du 12BIG, une tour de bureau de 12 disques permettant un stockage atteignant les 96TO avec 2600Mo/s en taux de transfert, qui embarque 2 connecteurs Thunderbolt 3 et 1 USB-C.

Du stockage c’est bien, mais le partager c’est mieux. Or toutes les structures n’ont pas les moyens de s’offrir un serveur fibre. Même aujourd’hui, la solution reste couteuse, surtout pour les entreprises avec peu de ressources. Mais des solutions émergent petit à petit, gravitant encore autour du Thunderbolt. Aussi, Accusys a présenté le A12T3-Share, un stockage 12 disques équipé de 4 ports Thunderbolt 3, qui permet un travail simultané de plusieurs stations grâce à un logiciel SAN. Les A12T3-Share sont chaînables entre eux, permettant de doubler si besoin le stockage et le nombre de stations reliées.

De son côté, G-Technology (dont je ne cache plus mon affection pour leurs produits toujours plus robustes et bien foutus) vient de dévoiler le G-Rack 12. Ils me l’avaient présenté en exclu en Septembre dernier à l’IBC et j’avais été assez séduit. Toujours autour de 12 disques, permettant un stockage maximal de 120To (sors ton ardoise ça fait bien 10To le disque), ce NAS Ethernet 10Go est destiné aux baies de serveurs. Et même si c’est un produit qui a déjà quelques semaines à son actif, le Shuttle XL se présente toujours selon moi comme la meilleure solution existante pour les DIT ou VJ en missions.

 

REFLECHIR LE STOCKAGE AU LIEU DE LE GONFLER.

Face à la montée des résolutions et du poids des médias, les années précédentes on constatait surtout une hausse des capacités et des taux de transfert. Mais finalement la réflexion et l’innovation face aux besoins marché étaient généralement mis sous le tapis. Etions-nous condamnés à être inéluctablement les otages du stockage ? Il semblerait fort heureusement que non. L’adoption massive du Thunderbolt 3, alors qu’il n’équipe encore aucun ordinateur, rompt avec l’engouement timide qu’avait connu le Thunderbolt original lors de sa présentation. Le connecteur unique de type-C y est sûrement pour quelque chose. L’unification des connectiques permet de se recentrer sur les vraies problématiques et de légitimiser le stockage non plus comme un élément externe, mais bien comme un chaînon central du workflow. Nous ne cherchons désormais plus à savoir comment brancher nos disques, mais bel et biens à ce qu’ils puissent servir tout un workflow particulier. Preuve en est, l’adoption du Thunderbolt 3 dépasse le stockage puisque Blackmagic a elle-aussi sauté le pas avec ses nouveaux Ultrastudio 4K Extreme 3. Bien sûr de gros chantiers demeurent encore, surtout en terme de pédagogie. Pour bénéficier de ces taux de transferts stratosphériques, il ne faut pas oublier que les éléments encadrant la connectique doivent être cohérents. Un disque dur 5200tr/min ne peut envoyer 40Gbps, un SSD non plus ! C’est donc bien dans des configurations de RAID entrelacés que le Thunderbolt 3 prend tout son sens. Aussi entre les câbles actifs, les câbles passifs, les priorités de chaînage, réfléchir son environnement de travail n’a jamais été aussi important. Chaîner son stockage avec des moniteurs ou des chassis PCIe n’est pas forcément judicieux en fonction de leur disposition. (Pour un point sur les problématiques du Thunderbolt 3, je vous renvoie à l’excellent article d’Erwan des Yaks, qui a le mérite d’être très complet en la matière. )

Les indépendants et les petites structures sont de plus en plus amenés à brasser des médias lourds et demandant de véritables ressources. Cela les contraints à se pencher sur les différentes offres de stockage, et ça les constructeurs l’ont bien compris. Les solutions se font de plus en plus audacieuses, ergonomiques, et centrées non plus sur des performances, mais bien sur des utilisations.

On tient le bon bout.

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