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Ce que la nouvelle Alexa Mini révèle du futur du cinéma

Il y a quelques jours, on dissertait sur le fait que ARRI avait trusté l’ensemble des films nommés aux Césars et aux Oscars. Un indice parmi d’autres sur l’appréciation particulière du « look » ARRI. ARRI qui a depuis présenté un nouveau modèle de caméra : L’Alexa Mini, sa petite brique à belles images maison.

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La Mini avec son boîtier en fibre de carbone ne pèse que 2,3kg pour des dimensions sensiblement similaire à une RED Epic (185x125x140mm pour être précis). On peut s’arrêter un peu sur ses spécificités qui en soit n’ont rien à envier (bien au contraire même) à ses grandes soeurs. Capteur CMOS 35mm ARRI ALEV III, permettant un enregistrement 16:9 ou 4:3 pour les tournages anamorphiques (en 2K uniquement). Enregistrement HD, 2K, 3.2K et 4K UHD sur cartes CFast 2.0, du ProRes jusqu’à 200fps, du ARRIRAW jusqu’à 30fps en interne. Support interne des LUT et des CDL et Log C et 800ISO de sensibilité de base. Monture PL, EF et B4, avec transport des metadonnées. Filtres neutres de densités intégrés… En voilà une caméra particulièrement complète pour une si petite boîte.

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Mais surtout ; l’arrivée de la Mini sur le marché est assez révélateur. Car derrière elle il y a clairement une volonté de produire une caméra adaptable aux équipements de captations mobiles. Que ce soit les nouveaux stabilisateurs gyroscopiques, comme le MoVI ou le DJI, mais aussi les drones, les rovers, ou même les dispositifs sous-marins. Arri disposait auparavant de l’Alexa M, une caméra dont la tête et l’enregistreur était déjà séparés pour être utilisé sur des grues. Mais le passage à l’Alexa Mini, c’est en quelque sorte l’aveu de l’inéluctabilité des nouveaux outils que sont les MoVI, Drones et autres. Oui il s’agit là de nouvelles manières de filmer qui trouvent pleinement leur place sur les grosses productions. Et ARRI ne pouvait s’en affranchir.

Capture d’écran 2015-03-02 à 18.42.00

D’un point de vue esthétique des images, l’adoption de ces outils moins imposants et plus légers libèrent l’unité de tournage. La mise en oeuvre d’une unité lourde bride toujours un peu naturellement l’audace. Faudrait-il alors avoir à choisir entre une R3D pour avoir une plus grande flexibilité au tournage, et le look ARRI en adoptant une unité un peu moins mobile ? La réponse d’ARRI est ferme et sans concession. Non. La réponse est l’Alexa Mini. Mais de mini elle n’a que ses dimensions.

[vimeo http://vimeo.com/119776213]

[vimeo http://vimeo.com/119778604]

Il n’est pas question de dire adieu aux steadycam ou aux chariots travellings, mais il est désormais évident que la donne n’est plus la même. Alors que la question de la performance technique se pose particulièrement avec le succès de Birdman et de ses longs plans séquences, l’accessibilité de ces plans par des moyens budgets et petits budgets est plus que jamais d’actualité. Or c’est bien de cela dont il s’agit : produire des caméras sans concession pour de nouvelles manières de filmer.

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C’est un coup marketing aussi de la part d’ARRI qui subit toujours son image de constructeur figé dans ses schémas. L’Alexa n’a que peu évoluée et l’AMIRA avait déçu certains par sa non capacité à renouveler un form factor traditionnel. Cette nouvelle petite caméra devrait rassurer les sceptiques. Si la modularité n’est pas aussi importante qu’une RED, elle reste adaptable dans la plupart des situations. D’autant plus que bénéficiant de connexions sans fil comme intégrées au boîtier, le pilotage d’optiques à distance (indispensable pour ce type d’équipements) en est facilité. À cet effet, ARRI a présenté le WCU-4 un follow focus déporté et alimenté via la caméra. En outre la caméra est pilotable par tout équipement iOs ou Android. Donc accessible depuis votre iPad ou votre tout nouveau Galaxy S6. Gadget? Pas tant que ça lorsque l’on a besoin justement de mobilité.

Enfin, la construction même de la Mini est elle aussi en soi assez révélatrice de l’orientation de la caméra. Monture en Titane, tropicalisée, si les caméras d’ARRI était déjà connues pour supporter des conditions difficiles de tournage, ici pas de doute, la Mini est conçue pour les tout-terrains et les casse-cous.

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L’occasion de libérer les images d’une plastique de machinerie peut-être trop lisse, trop maîtrisée. Cette maîtrise qui a tendance parfois à sortir le spectateur de son rapport avec l’action, à cause de la spectacularité du plan. La spontanéité de la prise de vue se traduit directement à l’image. Bien entendu ce sont des considérations plastiques personnelles. Je trouve d’ailleurs dommage que la démo de la Mini, réalisée conjointement avec FreeFly soit si peu habitée. Elle représente ce qui me gêne dans les dispositifs de stabilisation gyroscopiques, la propension à tourner de la belle image pour de la belle image sans réfléchir au sens et à la dynamique des images. Bon d’accord on est dans de la bande démo…mais quand même…

Ces nouveaux dispositifs qu’on le veuille ou non changent radicalement la donne et ARRI l’a bien compris. Quelque soit le budget du tournage, on retrouve de plus en plus ces nouveaux dispositifs de captation. Et pour cause, ils renouvellent notre lecture des images en en proposant des nouvelles. C’est un tournant qui est en train de se faire en plaçant la caméra au centre de l’action, dans une toute nouvelle dynamique de mouvement. Les sélections des festivals comme Sundance ou Berlin sont en soit assez démonstratrices de l’engouement pour ces nouveaux types d’images, et la clairvoyance des constructeurs face à cette mouvance est bienvenue.

Quoiqu’il en soit je trouve les derniers pas de ARRI très séduisants. L’AMIRA m’avait déjà attiré l’oeil, mais la Mini est un coup de maître. Elle modernise vraiment la gamme des caméras ARRI et me conforte dans l’idée qu’avec Panasonic, il s’agit là du seul constructeur à avoir une oreille attentive sur les retours des utilisateurs, sans faire de concession sur la qualité de conception des produits. Il ne faut s’attendre à ce que l’Alexa MINI soit à la portée de toutes les bourses (on parle de 30 000$ à 40 000$ à l’achat quand même…) mais il y a là une solution complète et pensée pour son utilisation plutôt que pour une intégration dans un marché. C’est peut-être con, mais j’y suis sensible

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Comme à son habitude, Codex a conçu avec ARRI un enregistreur dédié à l’Alexa Mini, permettant d’enregistrer jusqu’à 120fs en ARRIRAW et de connecter 8 caméras simultanément en 6G-SDI. (dans une limite de 360fps combiné)

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