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Avid, Première, Resolve & Cie : Vers des plateformes de post-production unifiées ?

Certes le NAB est l’occasion de parler de nombreuses caméras, mais à l’occasion de cette édition 2016, c’est presque vers les logiciels de montage et de post-production que les évolutions sont les plus intéressantes. Pourtant, il n’y a pas ni réinvention drastique, ni technologie inédite sur les stands de démonstration. Pourtant ce qui se dégage au travers de plusieurs exemples est l’inclinaison à transformer les logiciels de post-production en plateformes toute-en-un.

Jusqu’ici la démarche de la post-production numérique restait à quelques variantes près la même : à chaque étape son outil dédié. Que ce soit avec des logiciels de sécurisation des médias, de création de transcodes, de montage, d’étalonnage, de mixage, de mastering… ; une place pour chaque chose et chaque chose à sa place ! Les tâches sont bien séparées et les outils concentrés sur leur fiabilité. Cela permet assurément d’isoler clairement chaque étape et d’identifier rapidement si besoin d’éventuels problèmes. Mais avec l’avènement des plug-ins et add-ons, ce sont doucement toutes les étapes de la post-production numérique qui se rassemblent en un seul endroit.

La post-production passe aujourd’hui par l’intégration

Les technologies informatiques allant bon train, il n’est désormais plus impossible pour les ordinateurs, de gérer simultanément montage et transcodage. C’est le pari qu’a fait il y a quelques années Final Cut Pro X, puis Avid Media Composer. C’est désormais une fonctionnalité qui arrive dans la nouvelle version de la Créative Cloud cette année. De même, l’intégration de solutions logicielles sous forme de plug-ins pour les solutions de post-production phare est devenue quasi incontournable. Encore une fois, malgré le tollé suscité par cette orientation prise par Final Cut Pro X il y a quelques années, il semble bien que ce soit désormais le modèle économique choisi par l’ensemble de la chaîne.

Intégration, intégration, intégration. C’est devenu le maître mot. Le dynamic link d’Adobe, malgré un besoin de ressources important, a ouvert il y a quelques années une toute nouvelle voie dans le dialogue des logiciels de la Creative Cloud. Une volonté déjà marquée de rester dans un même environnement tout au long de la chaîne, mais dans des solutions logicielles indépendantes. Aujourd’hui, avec le transcodage en tâche de fond et le développement poussé des instruments Lumetri au sein de Première, Speedgrade et Prélude n’ont désormais plus aucune raison d’exister et Adobe écrème petit à petit ses logiciels satellites. Comment ne pas penser alors à l’intégration déjà rodée de Symphony, puis celle, plus récente, de Baselight dans Avid Media Composer quand on parle de cette réunion entre montage et étalonnage ? Comment ne pas évoquer la mutation de DaVinci Resolve, toujours plus fourni en fonctionnalités de montage ?

C’est pour cela que l’on assiste à une réorientation de ces éditeurs tiers qui, plutôt que de développer des applications indépendantes, trouvent leur intérêt en développant des extensions destinées aux logiciels phares du marché. Face à cette convergence des outils, ils ne peuvent pas vraiment rivaliser et tirent partie de ces intégrations. C’est le cas notamment d’outils de suivi de projets collaboratifs comme Frame.io qui sont désormais directement intégrés dans les paramètres de publication de Final Cut Pro X ou Première. Mais c’est aussi la raison du succès d’une des plus célèbres suites de plug-ins de montage, la Boris Continuum Complete, qui se voit doté désormais d’un portage OFX destiné à son intégration avec DaVinci Resolve (et Sony Vegas…)

Il s’agit d’ailleurs là d’un exemple loin d’être anodin. DaVinci Resolve vient de voir sa version 12.5 présentée au public et est disponible en bêta publique. Avec plus de 200 nouvelles fonctionnalités, il est remarquable que les plus marquantes soient destinées à des outils de montage. Le logiciel d’étalonnage se transforme depuis la version 12.0 en super-logiciel. L’intégration d’outils d’ingest et de sécurisation de données, de bins intelligents en était en ce sens très révélateurs. Mais avec l’arrivée de Boris Continuum Complete (et donc d’outils comme MOCHA), c’est comme si Resolve venait de se faire adouber comme acteur crédible sur le marché des logiciels de montage. Même si à mon sens, Resolve est encore très loin d’une ergonomie propre au travail de montage, je ne peux que concéder qu’il va dans le bon sens.

Blackmagic Resolve 12 post-production

Quel est alors le paysage qui se dessine ?

Les logiciels de post-production deviennent de grosses machines capables de gérer l’essentiel des étapes de la post-production. Bien entendu, pour les éditeurs le choix est vite fait ; un logiciel qui permet de tout faire attire une clientèle plus abondante, supprime de potentiels outsiders et de lier les esprits à un ecosystème propre auquel il est difficile de se soustraire ou de modifier (souvenons-nous le précédent et mal-aimé Final Cut Pro X). Les éditeurs tiers, ou de moindre stature, dont les ressources en développement sont infiniment plus restreintes ne peuvent rivaliser avec de tels concentrés de fonctionnalités. Surtout quand ils sont proposés à des prix plutôt dérisoires. Développer pour une plateforme éprouvée évite ainsi aux développeurs indépendants, des erreurs de jeunesse, tout en garantissant le confort de l’usager. FilmConvert, le plug-in d’émulation de pellicules (dont au passage on aimerait voir le magasin de pellicule ciné désormais plus fourni) avait saisi cette dimension très rapidement. Il y a fort à parier que même des acteurs conséquents sautent le pas. GoPro aurait tout à gagner d’abandonner sa piètre solution de montage GoPro Studio pour développer une extension de développement d’images ProTune et de correction de distorsion au sein des logiciels de montage. Avid, elle, vient d’annoncer le développement d’une extension Première permettant d’accéder aux médias stockés sur serveur AVID INTERPLAY. Il ne tient qu’aux autres éditeurs de lui emboîter le pas et de choisir à leur tour d’ouvrir leur hardware à des concurrents.

Je me surprends assez régulièrement à imaginer que les logiciels de post-production vidéo puissent devenir à terme des systèmes d’exploitation à part entière. Cela permettrait une optimisation totale des ressources hardware et ouvrirait la voie à des applications intéressantes. À l’heure de la réalité virtuelle (que Première supportera désormais dans sa prochaine version et dont on parlera dans un prochain article), comment ne pas imaginer un système entièrement dédié à la gestion de la vidéo, ou du son ? Comment ne pas rêver de nouveaux protocoles construits et standardisés pour l’occasion qui permettraient enfin de voir arriver ces pupitres immersifs où nos mains seraient nos outils ? Cela redonnerait une expérience du travail de la vidéo numérique totalement immersive, quand aujourd’hui elle est vite polluée par des notifications, des mails, ou une page Facebook rapidement ouverte (toi-même tu sais).

Utopie aujourd’hui. Mais demain?

 

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